Manuel Torre

Manuel Soto Loreto, connu artistiquement comme Manuel Torre ou "Niño de Jerez" est un cantaor gitan né en 1880 - et non en 1878 comme le démontre José Maria Castaño dans l'ouvrage "De Jerez y sus cantes" - à Jerez de la Frontera dans le quartier de San Miguel. Sa mère Tomasa Loreto Vargas était de Jerez, et son père Juan Soto Montero d'Algeciras.

Le surnom de Torre vient du père de Manuel Soto, qui avait été baptisé ainsi à cause de sa stature extraordinaire, un surnom dont son fils hérita. Manuel Torre débute dans les Cafés Cantantes de Jerez "Vera Cruz" et "La Primera de Jerez" sous le nom d'El Niño Torre, puis il se produit à Séville et dans toutes les provinces andalouses. On l'appelle même pour venir chanter à Madrid et Barcelone. Il enregistre ses premiers disques en 1909. Après le concours de Grenade en 1922 où il inspire à Lorca son travail sur le Duende - il disait que tout ce qui a des sons noirs a du duende - , Manuel Torre participe souvent à des spectacles dans des arènes où il partage l'affiche avec des cantaores notoires comme Chacon, El Niño Gloria, Pepe Marchena ou Manolo Caracol.

Manuel Torre apprend auprès de maestros comme Manuel Molina, Carito, El Chato de Jerez, El Loco Mateo, El Marrurro... Il est aussi le disciple direct d'Enrique El Mellizo qui lui transmet le secret du cante por siguiriyas, tangos et soleares. Il a hérité de son oncle maternel Joaquin Lacherna une prédilection pour la siguiriya, mais il apporte aussi son style personnel aux soleares, martinetes, tarantas, tarantos, bulerias, campanilleros, saetas, tangos et fandangos. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des cantaores les plus importants de l'histoire du flamenco, et comme l'une des figures emblématiques du cante de Jerez.

Après une vie amoureuse mouvementée et malgré une carrière plus qu'honorable, c'est dans la pauvreté que Manuel Torre s'éteint de la tuberculose le 21 juillet 1933 à Séville. Pepe Marchena organisera un spectacle en son hommage afin de récolter les fonds nécessaires au paiement de ses obsèques que sa famille ne peut assumer.

Lorca disait de lui qu'il était l'homme ayant la plus grande culture qu'il connaissait. Car, bien que ne sachant ni lire ni écrire, Torre portait dans son sang et dans son cante toute la culture du peuple andalou. Un buste à son effigie orne aujourd'hui la place où il est né.


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