L'interview de la semaine 

La Farruca : la classe gitane 

Paris, 16h30. La Farruca est sur le départ. Après une semaine intensive de stage entrecoupée d'une représentation à Planète Andalucia, la mère du danseur le plus célèbre de la péninsule ibérique s'apprête à rentrer au bercail, les bras chargés de cadeaux pour ses petits. Bien que loin de sa famille, elle n'a cessé de communiquer avec ses enfants tout au long du séjour, par texto ou téléphone, plusieurs fois par jour. Pour elle être loin des siens pendant dix jours c'est comme si c'était un mois confie-t-elle. Nous ne serons pas trop de trois, Cristina, Ismael et moi pour l'aider à transporter ses paquets dans le restaurant branché du Nord de la capitale où elle fera son dernier repas, à peine quelques heures avant son départ pour Séville. Une femme avec beaucoup de classe qui a connu des drames mais trouve le réconfort au sein d'une famille soudée.


Farruca, tu es de Séville, quel est ton premier souvenir du flamenco ?

Madrecita ! Mon premier souvenir du flamenco je vais te le dire : la première fois que j'ai dansé, à Camas, une ville de Séville, Camaron m'a chanté por alegria, ce fut mon premier souvenir, je ne l'ai pas oublié.

Quelle serait ta définition du flamenco ?

Il y a beaucoup de choses pour définir le flamenco. Ce n'est pas seulement le baile. Le flamenco a tellement de choses, il n'a pas de fin, jamais. Le flamenco est une chose tellement naturelle pour moi que je ne peux pas le définir, par contre je peux en parler ou l'exprimer sur scène.

A propos du cante tu as dit qu'Antonio Zuñiga pour toi se démarque, dans quel sens ?

Oui, il y a deux personnes que j'adore : l'une est Antonio Zuñiga et l'autre c'est Pedro "El Granaino". Ils m'inspirent, ils ont une voix qui me touche au coeur.

C'est quoi pour toi être gitane ?

Etre gitane c'est être flamenca et comprendre le flamenco peut-être mieux qu'une personne qui n'est pas gitane. Etre gitane est une grande fierté pour moi même si le racisme existe encore mais ça m'est égal, je suis fière d'être gitane.

As-tu déjà ressenti la discrimination du fait d'être gitane ?

Oui, tu te sens mal, mais comme je suis gitane, je vais de l'avant.

"Comme je suis gitane,
je vais de l'avant" 


©Murielle Timsit

Ton père était un grand maestro du baile, peux-tu me parler un peu de lui, que t'a-t-il transmis personnellement et artistiquement ?

Que puis-je te dire du maestro des maestros... Il m'a transmis la façon de regarder. La façon dont il regardait était pour moi très forte. Seulement le fait de voir son chapeau et son regard... il me remplissait, me nourrissait d'art.

"Mon père m'a transmis le regard


©Murielle Timsit

Comment se passe une journée typique de la Farruca ?

Une journée normale c'est me lever à 6h du matin, emmener mes deux enfants Manuel et Alegria (11 et 10 ans) à l'école, ensuite donner mes cours de baile à Séville, récupérer les enfants pour le déjeûner, puis la même chose l'après-midi. C'est ma vie quotidienne... mon quotidien c'est le flamenco.

Si tu n'avais pas été danseuse, qu'aurais-tu aimé être ?

Je ne sais pas, car je suis née en dansant, et je n'ai pas eu le temps de penser à faire autre chose. J'aime beaucoup la peinture, j'aurais aimé savoir peindre.

Tu as trois fils et une fille, quelles relations as-tu avec eux ?

Madre de dios ! J'ai une relation entière avec eux. L'aîné Farruquito est marié mais il est avec moi. Celui du milieu n'a pas de femme et à peine parti de la maison il me dit qu'il va revenir un peu tard. Et le petit me demande "tu aimes que je m'habille comme ça" ? Il y a une tribu là-bas, nous sommes une tribu.

Entre les hommes gitans et leur mère il y a une relation très forte, peux-tu me l'expliquer ?

Je pense que ça vient de nos ancêtres, nous avons conservé celà d'eux. La relation entre les enfants gitans et leur mère est très forte et très stricte, nous nous respectons mutuellement.

Tu étais ici pour un stage, comment ça s'est passé ? As-tu eu le temps de visiter Paris ?

Je suis très contente car les filles étaient contentes et j'ai envie de revenir. Je n'ai pas eu le temps de visiter la ville car il y avait beaucoup d'heures de cours et j'ai passé la majorité de mon temps libre à me reposer.

Comment as-tu ressenti le public du spectacle de jeudi à Planète Andalucia ?

Je suis super contente, il m'a beaucoup motivée car il a touché mon âme.

Quels sont tes projets actuels ?

J'en ai quelques uns. J'ai une tournée en Amérique du Sud. J'ai passé un mois aux Etats-Unis et là si Dieu veut je vais aller en Amérique du Sud avec mon spectacle "De Farruca à Faraona".

Remerciements à Cristina Magdalena de l'association "La Gitanilla".

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Sevillanes.net - Murielle Timsit - 6 Avril 2009
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