Caida del cielo

Rocío Molina, comme un météore !

Rocio Molina

© Jean-Louis Duzert / Festival Flamenco de Nîmes

On a surnommé Rocío Molina l'OVNI du flamenco, aussi se préparait-on à recevoir cette chute céleste avec une certaine curiosité mêlée de crainte. Ce fut un atterrissage tonitruant et sans rétro-fusées. Si elle utilise à travers les costumes l'imagerie de l'Ange avec sa bata blanche et du Démon avec sa tenue SM, la thématique tourne plutôt, ou aussi, ou malgré tout (avec Rocío les cartes sont toujours brouillées... ) elle tourne donc autour de la féminité, et la présence de la lune en projection nous le rappelle sans cesse. Elle bouscule les clichés depuis longtemps et joue la provocation comme personne.

Vous voulez voir la Rocío contemporaine ? Commençons donc par un silence interminable où elle savoure ses poses de poignets et ses grâces de sirène jusqu'à plus soif. Sinon elle peut aussi vous repeindre le tablao immaculé avec sa traîne trempée dans la peinture et ses roulades régressives dans la fange.

Vous préférez la Rocío flamenca ? Voici donc une leçon de bata de cola … couchée au sol, ou la voilà en pure bailaora dans sa soleá. Vous aimez la transgression ? Alors allons-y pour un garrotin comique, sanglée de cuir, chapeau en position Valderrama, et cache-sexe flanqué d'un paquet de chips inaccessibles à la gourmandise de cette femme objet croulant sous les interdits.

Et si elle inventait un nouveau concept ? la poledance por milonga ! avec le grand pal d'abord bâton percussif puis sexe en érection. On passe à la rubrique sportive : quelques rounds en tenue de boxeur alternant les taconeos et une débauche de palmas sur le thème pop-rock de la Leyenda del Tiempo, novateur et dérangeant à son époque, et maintenant un grand classique. Entre pionniers ...

Parce que tout ceci n'est que l'histoire d'une vie, d'une femme née dans les années 80, la guitare électrique et la basse en bourdon insistant peuplent donc l'univers sonore, se conjuguant avec la sonanta d'Eduardo Trassiera. Mais ici le son accompagne la danse, et c'est elle qui est le moteur de la musique produite. Elle est au service de ces pulsions assumées, de ces interrogations existentielles, de cette recherche de l'immatérialité du monde qui font de Rocío Molina cette artiste singulière qui nous est tombée du ciel comme une bénédiction. Puis tout se termine par une rumba d'abord sage puis sauvage et sensuelle où elle renoue avec l'image de la femme enfant à la BB, et, n'en déplaise à Roger Vadim, Dieu envoya Rocío.

Puissant et mature ce spectacle se présente comme un recentrage sur elle même, où l'artiste se met à nu au sens propre comme au figuré, une nécessité urgente d'affirmer ses choix et une véritable profession de foi. Il gratte un peu sur les coutures mais n'est-ce pas l'effet recherché ? On espère que Rocío Molina continuera longtemps à bousculer nos consciences d'aficionados tranquilles et qu'elle fera encore tomber sur nous ces merveilleuses pluies d'étoiles dont elle a le secret.

Ndlr: Saluons aussi la belle performance vocale de José Angel Carmona, très efficace dans tous les cantes, notamment la soleá.


Dolores Triviño, le 13/01/2017

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EQUIPE ARTISTIQUE:: Danse - Rocio Molina
:: Guitare - Eduardo Trassiera
:: Chant et basse électrique - José Angel Carmona
:: Compas et percussions - José Manuel Ramos "Oruco"
:: Percussions et musique électronique - Pablo Martin Jones

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