Antonio Molina El Choro

le grand cru de l'année

Solera 85 un spectacle généreux et charpenté, distingué et loyal, rond en bouche et avec un petit goût de « revenez-y » indiscutable.

El Choro

© Nathalie Goux

Au dernier Festival de Jerez, El Choro avait séduit la critique au point de remporter le prix « Révélation » avec le spectacle « Aviso : bayles de jitanos » un vrai bijou de cohérence et de raffinement sous la houlette artistique du grand Rafael Estévez. Le voilà donc à Rivesaltes « por su cuenta » se présentant avec son simple état civil, riche de son patrimoine et de ses influences dans ce spectacle intitulé  « Cuvée 85 ».

Généreux, Choro ne ménage pas sa peine, il danse pleinement le chant, plante ses remates à bon escient et déroule ses incroyables percussions pieds/mains comme des ribambelles de rythmes dentelés, marquetés, infinis. Tout cela avec un regard de bon géant, droit intense et rassurant, car il danse pour nous, cela ne fait aucun doute. Son physique d'athlète aux faux airs de Cantona contribue au sentiment de plénitude et de solidité et contraste tout en les amplifiant avec la virtuosité de ses pieds et l'élégance de ses marquages.

Si la solera est le procédé de vinification qui consiste à ajouter la récolte de l'année dans les tonneaux contenant les précédentes pour obtenir un vin aux arômes subtils d'ancien et de nouveau, elle désigne aussi l'alchimie artistique qui fait de jeunes bailaores comme Antonio Molina des concentrés de tradition et de modernité. Profondeur, force et grâce traversent les Cantiñas les Malagueñas, Abandolaos, Tangos, Seguiriyas et Soleá por Bulería mis en beauté par une scénographie simple et raffinée et magnifiés par le cuadro « de lujo » qui accompagne El Choro. A moins que ce ne soit lui qui les accompagne tant il est attentif et respectueux envers ses compagnons de scène, un vrai gentleman. A la guitare deux des vedettes actuelles de l'accompagnement, Jesús Guerrero qui avec la récente sortie de son disque  « Calma » se positionne en approche du firmament et Juan Campallo l'indispensable, le généreux. Au chant Jonatan Reyes et Jesús Corbacho qu'on ne présente plus, l'un rude et plein, l'autre maître dans l'art du mélisme capable de s'accompagner à la guitare, et pas qu'un peu, tout en chantant por cantiñas « como Dios manda ». Le cinquième mousquetaire derrière ses percussions n'est autre que Paco Vega qui répond par sa virtuosité à celle des taconeos del Choro.

Tous les ingrédients du flamenco authentique sont réunis. El Choro, loyal comme le bon vin qui confirme la qualité attendue, les catalyse et se transforme en antenne relais captant les ondes flamencas et les diffusant vers le public charmé, subjugué, attendri par ce « peazo de artista » qui est aussi dans la vie « un peazo de pan ». Adulé par les stagiaires qui ont bénéficié de son enseignement pendant une semaine, il a mis dans sa poche les spectateurs des Dômes de Rivesaltes et comme l'abus de Choro n'est pas dangereux ils espèrent bien s'en refaire une bonne rasade le plus tôt possible. A bon entendeur, salut.


Dolores Triviño, le 20/08/2016

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