Andrés Peña et Pilar Ogalla - De Sepia y Oro

De l'or en barre !

Le couple Peña-Ogalla nous a habitué à un travail extrêmement soigné que ce soit dans la chorégraphie ou la mise en scène, c'est donc avec les belles images de « a fuego lento » plein la tête que l'on attendait de découvrir leur nouveau bébé. Jamais espoir ne fut si bien récompensé !

© Javier Fergo / Festival de Jerez

Pendant l'installation du public dans la salle trônait déjà une photo sépia du groupe au complet, dès l'extinction des feux, par le jeu de lumières, le cuadro s'anime et nous projette dans un Cadix de légende au son des Alegrías que Pilar en bonne gaditana danse à la perfection avec bata de cola et mantón, élégance, grâce et légèreté. Le tercio de cantiñas durera le temps des deux solos et d'un premier duo. A deux ils démontrent leur complémentarité aussi bien dans ce style festif que dans la Farruca magnifique de précision, sobriété et distinction. En pantalon et chaqueta brodée de rigueur, déclinées en blanc et noir, tels le yin et le yang, ils ont rempli l'espace du graphisme de leurs cambrés, fentes et braceos jusqu'à la conclusion en ombre chinoise, réactualisation des anciennes estampes flamencas.

La guitare de Rafael Rodriguez était de la fête et a largement contribué à faire monter le taux de dopamine dans le sang des spectateurs. Un incroyable champ d'action, une brillance et une sensualité au service de l'autre, la guitare de Cabeza va toujours là où on ne l'attend pas, soulignant un détail, retenant un soupir, éclatante ou feutrée, glissant d'une ambiance à une autre comme ces Tanguillos de Cai où s'insinuent peu à peu les odeurs de goyave et de malanga pour aboutir à cette Guajira superbement interprétée par Pilar.

Andrés, lui, s'est illustré dans des Tientos tangos et des Bulerías por Soleá d'une facture savoureusement traditionnelle comme tout ce qui a été donné, mais avec ce charisme et cette virtuosité qui le caractérisent. De la très belle ouvrage, ciselée par un groupe d'exception. Le bonheur de ce spectacle a été aussi de donner à chacun son moment privilégié. Ainsi Melchora Ortega toute de court vêtu a fait son petit paseo por Rumba dansant et chantant avec humour et May Fernandez après l'émouvant écho de la voix de Mariana Cornejo a courageusement attaqué les Tanguillos de la Catalina avec malice et fière allure. David Carpio s'est arraché les tripes por Soleá et Londro a fièrement tenu sa place de pilier du cante jerezano.

Et comme à Jerez tout finit non pas en chanson mais en Bulerías, le final por fiesta du cru s'est ajusté comme une clé de voûte dans cet édifice si simple et si beau, fait de flamenco, de lumière et de beaucoup de cœur.

Les Ogalla -Peña ont du être photographes dans une autre vie, c'est la seule explication plausible pour cette attention si grande portée à l'image fixe, aux poses de carte postale si soignées, jamais identiques et qui arrivent toujours à bon escient, arrachant des murmures d'admiration dans la salle. Justement, le dernier cadeau inattendu sera ce salut chorégraphié en forme d'album photo, étonnant de dynamisme et de précision, jubilatoire !

Le Villamarta tout entier est entré en vibration, palmas a compás ! Que de bonnes ondes !


Dolorès Triviño, le 23/02/2016

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EQUIPE ARTISTIQUE:: Baile - Andrès Peña, Pilar Ogalla
:: Mise en scène - Faustino Nuñez
:: Guitare - Rafael Rodríguez
:: Cante - El Londro, David Carpio, Melchora Ortega, May Fernández
:: Palmas - Roberto Jaen

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