Dernier jour : Samedi 11 juillet

La Zambra

Dernier jour : Samedi 11 juillet

Dernières heures du festival. Serrano et manchego à un horaire plus qu'espagnol, flânerie dans les jardins des douves, dégustation en terrasse du glacier recommandé par l'amie montoise : on passe en revue les essentiels … et surtout ne pas oublier d'aller voir l'autre spectacle de rue :

De no llegar a tiempo. Comedia con mucho Arte !

Les premiers spectacles de rue du festival se déroulaient effectivement sur la voie publique devant le théâtre ou sur la place Saint Roch et étaient tous des créations adaptées à l'espace urbain, parfois itinérantes qui correspondaient bien à leur intitulé. Puis au fil des années le concept s'est installé sur l'esplanade du Midou, scène délimitée et sonorisation importante, et il a perdu de sa spontanéité. « Flamenco à l'air libre » correspondrait mieux à ce qui est proposé à un public hétérogène se pressant sur le sol y sombra des gradins. En alternance cette année un premier spectacle façon tablao pour touristes, hidalgo gominé et clinquant et danseuse techniquement parfaite mais académique et lisse. Le public d'ailleurs n'était guère attentif et carrément irrespectueux lors du solo de guitare qui était pourtant un des meilleurs moments.

Le deuxième spectacle de par son titre « De no llegar a tiempo » annonçait déjà plus de recherche. D'abord une mise en place théâtralisée qui met le spectateur en situation de questionnement et de curiosité : un « responsable », jette des coulisses un musicien des rues en haillon avec sa pancarte en carton et sa guitare en le traitant de voleur, une femme accompagne un aveugle en costume, long cheveux et canne brune sur un emplacement réservé au premier rang. Puis le responsable se présentant comme le producteur annonce que les musiciens ne sont pas arrivés et que le spectacle est annulé. Arrive alors la Carmencita, petit bout de femme surexcitée, qui fait son numéro de diva outragée version quartier populaire andalou. Elle danse por tangos avec le seul rythme de ses mains, un numéro magnifique. Bien sûr on devine que le mendiant et l'aveugle vont être engagés pour former le cuadro mais les situations sont emmenées avec intelligence, les relations entre les personnages sont riches, comique de mots, de gestes, de caractère, mime, burlesque, le travail théâtral est remarquable et la surprise permanente . Et surtout c'est du bon flamenco. Maribel Ramos, La Zambra, incarne une Carmencita Dauset plus vraie que nature, dans ses costumes originaux, évocation moderne des tenues de cette bailaora de la fin du XIXème siècle. Martinete, tangos, guajira, petenera et alegrias sont envisagés avec énergie, virtuosité et grâce. Jesus Flores au chant, « le gentleman a la triste regard » (comique de traduction, aussi, donc) s'avère excellent et Jordi Flores à la guitare obtient le silence complet lors de son solo. Comme quoi … Un spectacle riche, parfois profond et prenant, pétillant et jubilatoire. Un vrai spectacle de rue, sollicitant les spectateurs, utilisant tout l'espace disponible, qui a capté aussi bien les amateurs que les néophytes. Bravo la compagnie « La Zambra » et une mention spéciale à Miguel Cegarra, comédien, pour son rôle savoureux de Monsieur Loyal.J'aime les bonnes surprises ! Ce soir à la Bodega la soirée de clôture va-t-elle m'en procurer une autre ? J'aurais bien aimé voir Calima le collectif barcelonais porteur d'une fusion nouvelle, mais le festival se nourrit aussi des relations humaines et je n'arrive à la bodega que pour le début de

Maestros : « la despedida » des professeurs du Taller Flamenco de Sevilla

La foule est compacte et mon mètre cinquante s'en accommode peu mais debout en bord de scène mon amie me permet de me glisser auprès d'elle, les enfants assis devant sans cesse en mouvement finiront par se calmer et je vais en prendre plein les yeux et les oreilles ! Felipe Mato, noir corbeau élégant et tourmenté régale l'assistance, Carmen Gonzalez, apporte la touche impeccable de l'école sévillane, Alicia Gil s'impose pa'lante tandis que pa'tras Moi de Moron plus rauque que jamais et Jesus Flores limpide et christique se donnent au maximum. Les guitaristes Miguel Perez, Jordi Flores et Lito Espinosa s'entendent comme larrons en foire et rivalisent de virtuosité et de compas. On sent la complicité entre les artistes et surtout le plaisir d'être ensemble sur scène, la satisfaction du (bon) travail accompli pendant la semaine auprès des stagiaires, le soulagement après l'effort intense, bref tous les ingrédients pour réussir une bonne « juerga ». Surtout lorsque pour le fin de fiesta la scène est envahie par les autres professeurs : El Torombo, la Zambra, Carmen Rasero se joignent spontanément à Los Mellis pour les palmas et le jaleo. Ils feront chacun leur pata ovationnée comme il se doit et le spectacle termine par un délire de bulerias avec Torombo en mode Zébulon. poussant Moi de Moron à la danse, Carmen Ramos pied nus dans son jean découpé et le chignon vacillant et un Felipe Mato déchaîné. Un bouquet final endiablé pour un feu d'artifice étincelant !

Ça y est le 27ème festival de Mont de Marsan est terminé ! Mais non, il y a encore le off et il ne reste plus qu'à aller danser jusqu'au bout de la nuit, ou presque, avec l'énergie du désespoir ou tout au moins de la mélancolie. Rendez vous l'année prochaine ? Arte Flamenco 2015 est mort vive le 28ème du nom !


Dolorès Triviño, le 11/07/2015

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