Tomas de Perrate

Le gardien du temple

Tomas de Perrate

© Festival de Jerez/Javier Fergo

Tomás, fils del Perrate de Utrera et petit fils de Manuel Torre par sa mère, dit ne pas avoir appris le flamenco à la maison. Son père, une légende, se retrouve lourdement handicapé alors que le petit Tomás n'a qu'une dizaine d'année, l'atmosphère n'est plus à la fête, le privant ainsi du bain d'apprentissage des juergas familiales qui sont encore le meilleur moyen de transmission del Arte dans les familles gitanes. Ce fut donc un combat pour lui de prendre à bras le corps tous ces chants et de s'y frotter jusqu'à en tirer la substantifique moelle. Studieux et obstiné Tomás garde encore cette volonté mêlée de fierté qui lui fait dire en introduction : « enfin, Jerez ! » comme si sa valeur avait tardé à être reconnue. On lui pardonne cette pointe acide parce qu'on ne peut que s'incliner devant le travail de recherche et de divulgation qu'il entreprend. En bon conférencier il introduit chacun de ses chants par un rappel de l'origine et des variations éventuelles que ce palo a connu à travers les interprètes de Utrera.

C'est à peu près tout ce qu'il fait comme concession à la « mise en scène ». Nous allons assister à un récital, brut, à l'ancienne, les palos s'enchaînant au grès de son bon vouloir. Mais cette forme « primitive » sied parfaitement au style âpre de sa voix (malheureusement trop sonorisée !) labellisée AOC Utrera. Les yeux plissés et les lèvres à peine entr'ouvertes il projette son chant qui se complaît dans les sonorités nasillardes et les « bebeos » caractéristiques des anciens.

Le répertoire est varié: ce ne sont pas des Seguiriyas mais des Tonás, pas des Alegrías mais des Cantiñas del Piniñi, ce sont des Tientos de Manuel Torre mais dans la variante interprétative de son fils Tomás. C'est d'ailleurs dans ce style qu'il est le plus remarquable. Il propose ensuite une version d'un morceau d' Astor Piazzola qu'interprétait Enrique Morente et que, en ce qui le concerne, nous préférons considérer comme une erreur de casting. L'ensemble du tour de chant est profond instructif et fait partie de ces choses qu'il ne faut pas avoir raté, cependant il s'en dégage une pesanteur que seule Belén Maya a su secouer par son apparition presque irréelle. Belén et ses équilibres, Belén et ses remolinos, ses coups de menton, ses à-coups du torse et ses plongées en avant « pa recogerse », Belén et son sourire, sa précision rythmique et ses arrêts sur llamada. D'abord por Soleá avec bata de cola, très classique mais rafraîchissante, puis dans un morceau d'origine indéterminée ou elle donne libre cours à sa fantaisie interprétative au point qu'il semble parfois qu 'elle utilise la langue des signes. Il se termine par un slow avec Tomás et les jaloux dans la salle se manifestent.

On ne peut pas passer sous silence la prestation du jeune tocaor Amador Gabarri. Sa guitare sonne tellement mélodique que parfois il semble qu'elle joue autre chose que du flamenco. C'est surprenant et à la fois revigorant. Son accompagnement des Tangos frise la rumba gitane mais colle parfaitement au choix des letras de Perrate. Voilà une patte personnelle qui mérite qu'on ne la perde pas de vue.

Malgré l'heure tardive le public a chaudement remercié Tomás Perrate et ovationné Belén Maya, j'en soupçonne quelques uns d'être venus pour l'invitée...


Dolores Triviño, le 06/03/2015

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EQUIPE ARTISTIQUE:: Cante - Tomas de Perrate
:: Artiste invitée - Belen Maya
:: Guitare - Amador Gabarri
:: Percussion - Nano Peña
:: Violon - Eloisa Canton

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