David Carpio

Gentleman cantaor

David Carpio

© Festival de Jerez/Javier Fergo

Le premier mot qui vient à l'esprit après avoir assisté à « Solos » c'est Élégance, puis viennent Sobriété, Justesse et enfin Jondura.

Sur la scène de la chaleureuse salle Paúl ils sont quatre, alors pourquoi ce titre ? Parce que la majorité des pièces que nous jouons sont des solos avance Manuel Valencia, mais que nous avons voulu entrelacer la musique de Pablo, le chant de David, la danse de Manuel et ma guitare. C'est un projet entre complices de longue date que le Festival a permis de concrétiser dit David, nous y avons tous mis notre cœur et chacun ce qu'il a de plus intime dans sa spécialité. La présence de Manuel Liñan est comme une évidence puisque souvent le danseur a fait appel à Carpio pour ses spectacles. La contrebasse de Pablo Martín semble placer le propos sur un terrain contemporain pourtant ce qui est donné ne peut pas être plus respectueux des règles esthétiques du flamenco de toujours.

L'essentiel du plateau se trouve côté jardin, la contrebasse d'abord, les chaises du chanteur et du guitariste ensuite, dégageant un espace central pour la danse. Côté cour le long des rideaux de coulisses quatre chaises où sont sobrement assis les intervenants à la première lumière, elles permettront à chacun de rester sur scène dans l'ombre lorsqu'il n'intervient pas. Une présence continue qui délivre un message d'écoute et de respect du travail de l'autre. Ils s'y retrouveront assis tous les quatre à la dernière lumière.

Le spectacle est conçu comme une boucle qui s'ouvre et se ferme sur ce palo essentiel qui sert à panser les plaies de l'âme, celui qui apaise et régénère : la Soleá. A la plainte de David, Manuel Liñan se lève en bata de cola noire. Pour les touristes égarés dans la salle le choc provoque des ricanements, certains, très peu, finiront par quitter la salle. Manuel mène sa bata avec ferveur et virtuosité pendant que le bourdon du violoncelle souligne la falseta impeccable de Valencia. La voix est ample et vigoureuse et David choisit la retenue comme mode d'expression plutôt que la force brute. Même dans les palos du désespoir Seguiriya et Carceleras la puissance du chant ne déborde pas du cadre de l'élégance, ce qui lui donne encore plus d'impact. Ce tableau est d'ailleurs le plus fort visuellement. On assiste à une sourde confrontation physique entre le danseur et le chanteur, jusqu'à ce que le premier modèle la gestuelle du second comme s'il s'agissait d'une marionnette. Le procédé est simple mais l'effet est saisissant. De même le « pase » de buleria intelligemment placé en milieu de spectacle, est un bijou d'authenticité, d'un Carpio on ne pouvait pas attendre moins, mais il ne dure que le temps jugé nécessaire. Placée au même rang que les palos dits jondos la Bulería de Jerez gagne là en profondeur. David offre aussi des Malagueñas de très belle facture avant de se lancer dans des Tangos del Piyayo où le dialogue avec le danseur est privilégié, arte y salero. Le choix des letras est encore une fois judicieux. C'est un moment festif, il se conclut pourtant à contre pied par un « rallentando ». Contrôle toujours le contrôle, mais que c'est bon !

David Carpio signe là une composition intelligente et raffinée, il réussit à établir un équilibre cohérent et harmonieux entre les divers talents dont il s'entoure. Le temps paraît court et le spectateur repart le cœur serein et l'âme rêveuse. Que demander de mieux ?


Dolores Triviño, le 05/03/2015

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EQUIPE ARTISTIQUE:: Cante - David Carpio
:: Guitare - Manuel Valencia
:: Contrebasse - Pablo Martin
:: Artiste invité - Manuel Liñan

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