Aleluya Erotica

Le spectacle aux 3 giraldillos

Avec Aleluya Erotica, Rosario Toledo a offert l'une des propositions les plus audacieuses du Festival de Jerez. Présentée à la Biennale de Séville en septembre dernier, la création avait déjà raflé trois prix : le giraldillo du meilleur spectacle ainsi que les giraldillos du meilleur cantaor pour José Valencia, et du meilleur toque pour Dani de Moron. Au Festival de Jerez Aleluya Erotica a également fait l'unanimité.

photo ©Javi Fergo - Festival de Jerez

Aleluya Erotica est basé sur la pièce de théâtre de Federico García Lorca "Amor de don Perlimplin con Belisa en su jardin" - Les Amours de Don Perlimplín avec Belise en son jardin. Ce sont les aleluyas, estampes portant un dessin commenté par un distique distribuées par l'Eglise, qui ont inspiré l'auteur.

L'intrigue se déroule effectivement dans un décor de jardin. On y trouve une table disposée à gauche, et une fontaine à droite, qui s'avère prépondérante dans la scénographie. L'espace entre les deux est occupé par les deux protagonistes principaux de l'oeuvre.

Il faut noter que la pièce était conçue à la base pour être jouée par des marionnettes, et à certains moments le baile mécanique ou sans vie de Rosario Toledo - notamment lorsqu'elle joue une Belisa ivre - peut y faire penser. L'histoire n'est pas suivie à la lettre, mais on y retrouve des références aux personnages de la pièce - le store derrière lequel la danseuse s'exprime génère des rayures qui représentent sans doute Marcolfa - , et La mise en scène illustre bien l'amour et ses hésitations - oui, non - , et le désamour de deux êtres qui se croisent mais n'arrivent plus à s'atteindre. Tout cela, Rosario Toledo le transmet à travers son baile mais aussi en se servant de la palette émotionnelle des styles de flamenco. Elle donne vie au personnage de Belisa avec beaucoup de talent et d'authenticité, et conclut son ultime baile dans l'eau de la fontaine.

Face à elle José Valencia qui lui donne la réplique est impressionnant. Il campe un Don Perlimplin criant de vérité. José n'est pas simplement chanteur de flamenco, son talent s'exprime bien au delà. Danseur, acteur, il sait tout faire. Il faut dire qu'à l'école de la Yerbabuena, le lebrijano a déjà eu l'occasion de mettre en pratique cette autre facette de son art.

Quant à Dani de Moron, bien que dissimulé partiellement derrière un des panneaux transparents qui dessinent le fond de scène, il se distingue par la beauté de son interprétation musicale.

Contrairement au spectacle présenté au précédent Festival de Jerez, "Hay fuego en tus ojos", et au vu de l'ovation réservée par le public à l'issue de la représentation, gageons qu'Aleluya Erotica aura une vie un peu plus longue, et sera certainement amené à voyager en France.


Flamenco Culture, le 28/02/2013

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