Dejando Huellas (Traces)

Leilah Broukhim creuse son sillon

Leilah Broukhim et ses musiciens ont offert le 6 novembre un spectacle de grande qualité comme on en a rarement vu dernièrement à Paris.

"Dejando Huellas" est une histoire de femmes, toutes incarnées par Leilah Broukhim. L'une quitte son pays, l'Espagne, par obligation, à l'époque de l'Inquisition, pour s'installer en Iran. On la retrouvera quelques siècles plus tard, de retour en Espagne après un passage par les Etats-Unis. En fond de scène un panneau blanc sur lequel s'esquissent des écritures en hébreu, perse et anglais et des formes dessinées par la propre mère de Leilah, artiste peintre, sert de transition entre chaque grande partie du spectacle.

Leilah n'est pas seulement une magnifique danseuse, elle a en plus tout assimilé du flamenco ; sa gestuelle, son rythme, ses codes... Le flamenco, elle semble l'avoir en elle depuis toujours, dans ses gènes andalous qui ont traversé les siècles et l'ont justement ramenée sur la terre de ses ancêtres. Pas besoin de costumes ni de mise en scène sophistiqués, Leilah Broukhim respire le flamenco par chaque pore de sa peau, et sa présence magnétique et son art suffisent seuls à remplir l'espace scénique. Elle a un sens du rythme inné - ce qui en fait une excellente interprète des tangos et bulerias - , l'art de la bien parada, des bras et mains magnifiques, un zapateado assuré, de l'humour... tout y est.

Le spectacle qu'elle a offert le 6 novembre à l'auditorium du Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme fut de grande qualité, à l'image de ses protagonistes. On ne présente plus Gabriel de la Tomasa, héritier de Manuel Torre via son père José, qui porte le cante gitan dans son sang, ni Amir John Haddad, talentueux musicien qui jongle entre guitare flamenca, oud, saz, et encore bien d'autres instruments qu'il n'avait pas tous apportés sur scène ce jour-là. L'équipe était complétée par le percussionniste Kike Terrón, l'efficace guitariste madrilène Juan Jimenez, et l'excellent musicien/chanteur iranien Bahramji, qui offrit un magnifique chant persan très similaire au flamenco et de ravissantes sonorités orientales avec son santour. Il y eut aussi une découverte, celle de la chanteuse gitane Mati Gonzalez, originaire d'Ibiza, qui remplaçait avec brio Saray Muñoz qui avait participé aux deux précédentes représentations de Dejando Huellas aux Etats-Unis et en Pologne, interprétant un chant ladino d'une rare intensité.

Les spectacteurs ont été éblouis par la grâce et la générosité de Leilah Broukhim, une artiste qui avait déjà fait ses preuves aux côtés du groupe El Bicho, et dans de grands festivals espagnols comme "Flamenco pa'tos" ou "Las Jornadas de la Fortuna". On aurait souhaité qu'il y ait une deuxième représentation, mais elle était unique. Quelques uns ont su saisir cette chance de voir Leilah sur une scène parisienne puisque le spectacle s'est déroulé à guichet fermé. Leilah Broukhim n'étant pas née en Espagne, la performance est d'autant plus remarquable. Elle a la trempe des plus grandes et une rare capacité de transmission, dont elle fait notamment preuve dans ses bailes por solea et siguiriya.


Flamenco Culture, le 06/11/2011


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