Marco Flores et Manuel Liñan - Dos en compañía

Paire et impairs

Deux grands représentants de cette nouvelle génération de danseurs, Marco Flores et Manuel Liñán, nous donnaient rendez-vous à Paris dans le cadre de « Temps fort Flamenco » au Théatre de Chaillot le 28 mai 2011. Ils représentaient un spectacle déjà ancien , Dos en Compañia.

Ces deux jeunes danseurs ont déjà une belle carrière derrière eux. Manuel Liñán, originaire de Grenade, est devenu une référence dans la chorégraphie flamenca et espagnole, collaborant avec le ballet national d’Espagne. Marco Flores originaire d’Arcos de la Frontera, au-delà de ses nombreux prix, s’est aussi fait connaître par ses créations qui ont apporté un vent frais dans cette danse. Toute la difficulté de ce type de spectacle, qui réunit deux figures importantes du flamenco, est que chacun puisse trouver son espace pour exprimer sa personnalité, pour faire découvrir au spectateur son style, sans l’enfermer dans une comparaison stérile. Peut-on éviter cela ?

Les palos traditionnels du flamenco étaient au rendez-vous : soleá, tangos, alegrías, siguiriya, buleria et fin de fiesta. Les deux danseurs restent dans ce spectacle très ancrés dans la tradition flamenca mais en donnant une ouverture à leur danse, à d’autres expressions plus libres. Leur technique est excellente ce qui leur donne une grande aisance.

Manuel Liñan, développe avec une grande précision les lignes de son corps, de ses bras, avec une agilité des mains de tout instant. Dans son zapateado, on appréciera sa façon aussi très originale de dessiner des lignes au sol affirmant sa présence dans l’espace. Il reste très respectueux des schémas chorégraphiques des danses qu’il interprète. La danse de Marco Flores reste très sobre, ce qui lui permet une grande maîtrise du mouvement. Elle reste aussi familière parce qu’elle possède des accents anciens, mais avec des touches d’une grande novation. Il renouvelle l’art de l’arrêt, du « recoje », et de la reprise. Il réintroduit la surprise dans la chorégraphie des différents palos. C’est ainsi, seuls, qu’ils parviennent le mieux à exprimer la personnalité de leur danse.

Car, «Dos en compañía » était aussi l’histoire d’une rencontre entre deux danseurs. Un seul pas de deux les rapproche sur scène. C’est peu et ce n’est finalement pas le meilleur moment pour se rendre compte de ce qu’ils ont pu créer à deux. La recherche trop fréquente d’une symétrie, qui frôle le mimétisme dans le mouvement vient finalement estomper l’originalité de chacun des danseurs. En revanche, ils dansent cette séquence sans emphase aussi bien dans les moments où ils expriment douceur, grâce ou rage, émotions possibles de leur rencontre. C’est l’aspect agréable. On ne peut être insensible à la maîtrise absolue de leurs phrasés et à leur élégance.

Un sextet de musiciens donnait la musicalité et le rythme à cette rencontre : Jesus Corbacho qui remplaçait Emilio Florido (chant), David de Jacoba (chant), Antonia Jiménez (guitare), Arcadio Marín (guitare), Vanesa Coloma (palmas), Ana Romero (palmas). Ils apportent le soutien nécessaire pour que ces deux danseurs évoluent.


Philippe Dedryver, le 28/05/2011

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