José Sorroche et Niño de las Cuevas

Un récital rare

La Peña Flamenco en France a offert ce week-end un moment rare et authentique aux aficionados. Ce samedi 12 février, le cante de José Sorroche et la guitare de Niño de las Cuevas ont résonné avec duende dans le local durant près d'une heure vingt.

Dans les années 70, José Sorroche Gázquez "Pepe Sorroche" a partagé l'affiche avec de prestigieuses figures comme Rafael Riqueni ou El Chocolate. Né la même année qu'Enrique Morente en 1942, et ayant baigné depuis l'enfance dans le cante, il se destinait à une grande carrière de cantaor, mais il en a décidé autrement. Il choisit en effet de reprendre le négoce familial (le bar du Mercado Central) et de rester vivre à Almeria auprès de sa famille. Se décrivant volontiers comme "casanier", Sorroche sort depuis très peu de la région d'Almeria, c'est pourquoi sa présence dans la capitale française revêtait un caractère particulièrement exceptionnel.

Le cantaor débute son récital por tientos-tangos avec des letras peu interprétées par les cantaores actuels. De sa diction remontent d'anciens échos de Chano Lobato, et le tiento de Chacón "¿Qué pájaro será aquel que canta en la verde oliva? plonge le public dans une profonde nostalgie. Il poursuit por malagueñas, piochant dans le répertoire de la Trini et faisant fi des traditionnels cantes abandolaos de conclusion. La première partie du récital se conclut por soleares puis cartagenera et taranta minera. Durant les cantes interprétés de façon très sobre, le guitariste d'expérience Antonio Francisco Garcia Rodriguez "Niño de las Cuevas" ne quitte pas José Sorroche de son regard admiratif et bienveillant. Proche aussi physiquement du cantaor duquel il se trouve à à peine quelques centimètres, il ne manque pas non plus de l'encourager. Cette belle complicité vient d'une longue collaboration et amitié. Aujourd'hui les deux artistes sont souvent amenés à travailler ensemble au Conservatoire de danses d'Almeria.

La deuxième partie du récital se veut plus didactique. Niño de las Cuevas prend la parole avant chaque cante pour en expliquer la provenance et les caractéristiques, et demande si ça ne dérange personne que l'on chante une petenera. Le pauvre Bastian de Jerez, superstitieux quant à la malédiction communément répandue dans le milieu gitan qui règne autour de ce cante est déjà dehors... manquant ainsi l'un des sommets du récital. Auparavant José Sorroche avait interprété une solea apola de façon très particulière. Les cantes del Piyayo - tangos que son auteur aurait rapportés d'un séjour militaire à Cuba et que l'on pourrait rattacher à la famille des cantes d'ida y vuelta - qui succèdent à la petenera auraient semble-t-il mérité plus de rythme et de légèreté, mais les tarantos d'Almeria sont eux interprétés por derecho.

Pour le rappel, pas de fin de fiesta por buleria, la tradition est autre. Niño de la Cuevas qui est aussi cantaor se lance avec José Sorroche dans un mano a mano por tonas du plus bel effet. José Sorroche reviendra ensuite pour un ultime rappel interpréter des alegrias.

Dans la salle ce soir là, plusieurs générations de présidents de Flamenco en France étaient présents, y compris Claude Orsoni qui semblait savourer le retour de l'ancienne génération de cantaores dans "sa peña".

photo ©Christian Bamale

Flamenco Culture, le 12/02/2011


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