La Dificil Sencillez

Duende aigre-doux

Après le spectacle de rue "Calle Sierpes", la majorité des spectateurs se sont dirigés vers l'inauguration de l'exposition "Prohibido el cante" au Musée Despiau-Wlérick. Ils avaient ensuite le choix entre rester en ville pour le spectacle de la compagnie rennaise "Al Golpe" à la Bodega ou se rendre à l'Espace François Mitterrand pour "La Dificil Sencillez" de Rafael Amargo, un artiste très controversé dont la nouvelle création ne pouvait qu'attiser notre curiosité, et qui a comme il se doit fortement divisé le public, qui a aimé ou détesté, sans demi-mesure.

Le choix de programmer à Mont-de-Marsan le danseur Rafael Amargo, un artiste particulièrement controversé, notamment en Espagne où il est plus considéré comme bailarin que bailaor, mais aussi en France où il est comme là-bas estampillé "télé-réalité" et "comédie musicale", était aussi énigmatique que peut l'être le duende. Mais à bien y regarder, ce spectacle semblait viser délibérément le grand public, et dispose d'ailleurs de tous les atouts pour atteindre sa cible : une distribution aussi imposante que celle de la comédie musicale Zorro - que le danseur a chorégraphiée -, un danseur principal "sexy", des thèmes touchant à l'amour, la mort, la religion...

Pourtant l'idée de base était intéressante, mais pas évidente à mettre en oeuvre. Monter un spectacle à partir de la conférence de Federico Garcia Lorca de 1933 sur le duende était un vrai pari. C'est sans doute la raison pour laquelle Rafael Amargo a intitulé sa création "La Dificil Sencillez" (la difficile simplicité). "Raconter cette conférence avec le corps prendrait 15h" confiera le lendemain Rafael Amargo, qui avoue avoir été obligé d'écarter plusieurs aspects de la conférence.

Le duende a fait une timide incursion dans le spectacle lors de la première apparition de Manuel Molina, artiste rare dont la présence sur scène a provoqué une grande émotion. Il était là aussi lors de la projection d'images de figures du flamenco comme La Piriñaca, El Borrico, Chocolate... et peut-être dans la siguiriya martinete d'ouverture, où le cante de Manuel Chacón fut très efficace, tout comme le corps de ballet qui dispensa des chorégraphies très bien exécutées. Finalement c'est sur les solos que le montage pêche le plus. Du déjà vu aussi : les danseurs qui se balancent sur la musique de la saeta, cela rappelle fortement "Volver a Sevilla". Le texte extrait du "Llanto por Ignacio Sanchez Mejias" - célèbre torero espagnol, ami de Federico Garcia Lorca - interprété par Pilar Távora est peu convaincant, elle surjoue. A saluer toutefois son travail de mémorisation.

A l'issue de la représentation le premier rang occupé par les autres artistes est vide. A la sortie les langues se délient parmi les spectateurs. Certains enchantés par l'audace et la créativité d'Amargo, d'autres choqués par l'utilisation nombriliste de figures religieuses, ou de la nudidé de certains des protagonistes.

Il y a donc les spectacteurs aigris, choqués que Rafael Amargo ait osé toucher à l'image sainte de la religion catholique, le Christ, en tentant de le personnifier, se faisant attacher puis lever sur scène sur une croix gigantesque. Les griefs s'accumulent aussi sur d'autres aspects.

Et puis il y a d'autres spectateurs qui eux ont apprécié la mise en scène, l'utilisation de la voix off, la présence de figures comme Manuel Molina et sa guitare ou Maria La Coneja et ses véloces castagnettes, les phrases clés et images emblématiques projetées en fond de scène, voire la plastique du danseur principal.

En conclusion une création dont les choix esthétiques laissent encore une fois le spectateur perplexe. Les tableaux trop nombreux et trop courts donnent un sentiment d'idées inachevées. Tout s'enchaîne très rapidement avec un effet "spot publicitaire", qui devient épuisant sur la - longue - durée. De tout cela ressort un manque d'unité qui rend ce spectacle aussi brouillon que "Tiempo Muerto", la précédente création de Rafael Amargo. Mais, comme le dit si bien Rafael Amargo qui confie être un incompris "tous les goûts sont dans la nature".


Flamenco Culture, le 05/07/2010

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Equipe artistique

Baile: Rafael Amargo, Rafael Vanesa Gálvez (La Lirio), Eli Ayala, Cristina Montalvo, Lidón Patiño, Nacho Blanco, Ruben Puertas, Ricardo Serrano
Cante: Maite Maya, Gabriel de la Tomasa, Manuel Chacón "Manuel de la Curra"
Flûte: Juan Parrilla
Guitare: Jesús Losada
Cajón: Antonio Maya
Artistes invités: Manuel Molina, Maria La Coneja


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