Rocío Márquez Limón

Le Festival Les Suds à Arles offrait une soirée flamenco au public le vendredi 16 juillet. Se produire en première partie de Diego el Cigala était un défi pour cette jeune chanteuse de Huelva (Andalousie) qu’est Rocío Márquez Limón, surtout qu’un doute a plané pendant plusieurs heures sur l’arrivée ou non d'El Cigala. C’est un public échaudé qui accueille Rocío Márquez. Elle porte sur elle une lourde responsabilité, celle de reconquérir ce public.

Rocío Márquez n’est pas une inconnue en France s’étant fait déjà brillamment remarquer dans des concerts sur des scènes plus petites comme celle de la Peña Flamenco en France en décembre dernier, qui présentait ce groupe au Festival.

Quelques morceaux de son spectacle étaient offerts aux festivaliers dans l’après midi, aux Moments précieux. Au pied des deux colonnes du Théâtre antique d’Arles, dans sa robe dorée, couleur de soleil, Rocío Marquez a réussi à conquérir le public et à le maintenir captif avec sa voie mélodieuse. Elle était brillamment accompagnée par le guitariste Guillermo Guillén et le percussionniste (cajón) Jorge Perez, deux compagnons de longue date. Rocío Márquez Limón a offert un programme éclectique. Elle excelle dans les chants festifs ou de sa terre d’origine. Ses qualités vocales, sa maîtrise du style du chant ancien – le développement de longues mélodies avec ses « mellizmos » (mélismes) - lui permettent de briller aussi dans les styles traditionnels.

Elle ouvre le concert avec une copla por bulería « Me embrujaste y sin embargo te quiero (Tu m’as ensorcelé et néanmoins je t’aime », très bon choix pour surprendre le public. Suit une Malagueña « Del convento, las campanas » pour plonger le public dans l’émotion pure, l’exalter avec ses envolées vocales, avec un très bel accompagnement de Guillermo Guillén. Elle poursuit par de très beaux tangos enchaînés, hommages aux différentes variantes de ce chant festif. La rythmique offerte par Jorge Pérez est subtile et se marie très bien au chant. Le public en redemande. Rocío Marquez est très expressive ce qui lui permet de renforcer l’émotion portée par chacun des palos (styles de chant) qu’elle choisit. C’est sur des « cantes libres » « por taranta », évocation de la mine et de ses souffrances, qu’elle révèle l’âme de son chant. La farruca, chant dit aflamencado, originaire de Galice, et introduit dans le flamenco à la fin du siècle précédent par Manuel Lobato « El Loli » de Jerez de la Frontera, lui offre une base pour des variations vocales entre puissance et subtilité. Suit un très beau texte populaire du XVème siècle, chanté pour commencer des chants sur le rythme de solea por bulería « Tres morillas me enamoran en Jaén : Axa y Fátima y Marién. ». Rocío se lance alors dans un pregón, une introduction a palo seco sans accompagnement qui ouvre les portes d’une siguriya portée par une voix puissante et profonde « A mi me huele a clavito y canela » faisant planer le souvenir de Don Antonio Chacón et Ramon Montoya...un moment poignant de ce concert. Rocío choisit de nous faire passer à une émotion opposée avec une cantiña, chant beaucoup plus enlevé et festif. Après un rappel, elle nous revient avec les Fandangos, les chants de sa terre natale. Encore de belles envolées émouvantes sur le Fandango del Carbonero «Con las lágrimas se va la pena grande que se llora la pena grande es la pena que no se puede llorar y esa no se va, se queda» ou sur un Fandango inspiré de Porrina de Badajoz « Yo no siento pena ninguna que la gente a mí me critique; yo soy como aquel águila imperial que mientras tenga una pluma no dejaré de volar. »

Le public a été conquis, lui a réservé une très belle ovation et ne souhaitait pas qu’elle quitte la scène. Le Festival des Suds nous a offert un très beau spectacle et Rocío Márquez a été la révélation de cette soirée.


Philippe Dedryver, le 18/07/2010

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