Noche Blanca

Nuit Blanche à Rennes

Pour la clôture de sa 10ème édition le 29 mai 2010, le festival de La Harpe en Jazz à Rennes a consacré une nuit aux musiques des gens du voyage en hommage à l'inventeur prodigieux du « swing gitan », Django Reinhardt. La soirée a débuté avec des formations de jazz manouche et s'est achevée par du flamenco métissé de jazz et musiques latines avec le collectif franco-espagnol Noche Blanca, composé de huit musiciens et une danseuse, que la Ferme de la Harpe, organisatrice de l'évènement, avait déjà soutenu par le passé. Le public est venu en nombre découvrir cette formation du cru, et a témoigné de son goût et sa curiosité envers un genre encore peu représenté dans la région. Selon les organisateurs, cette soirée dédiée aux musiques gitanes a eu un impact très positif en terme de fréquentation, et confirme que l'aura de feu du flamenco n'est pas prête de s'éteindre.

A son retour d'Espagne, Stéphane Péron, guitariste rennais formé à Jerez de la Frontera, a continué à exercer et diffuser l'arte flamenco en Bretagne en participant activement à un festival local et en donnant des cours de guitare dans les associations. En 2005, il initie le projet Noche Blanca, dans lequel il « fusionne » le flamenco aux autres formes musicales qui l'ont influencé : le rock, le funk, le jazz, la salsa sont parmi ses grandes sources. Soutenu par le centre culturel de La Ferme de la Harpe et l'équipe de la Feria du Flamenco, il réunit des musiciens locaux auxquels il transmet les bases du flamenco : le contrebassiste Sébastien Carniaux, venu du jazz manouche, Julien Lebon, violoniste spécialisé dans la musique orientale et les musiques de l'est, le flûtiste chilien Cristian Zarate ainsi que Don Tamayo, versé dans les percussions latines et la salsa. Autant d'horizons qui croisent l'héritage flamenco apporté par les musiciens andalous José Galvez (élevé à la fusion et la modernité), Rocio Fernandez « Parilla » (nièce du regretté Manuel Parilla), Mercedes Pantoja et Carlos Ortega (il a son groupe de pop, Carlinga & micro banda).

La chaleur des retrouvailles entre les différents musiciens s'est nettement entendue sur scène ce soir-là. Un plaisir communicatif et une belle qualité d'écoute qui ont donné lieu à une prestation dynamique aux rythmes enlevés. Le spectacle débute assez solennellement par un texte récité par José Galvez et un martinete. La trame de Noche Blanca s'est construite au cours d'insomnies et de nuits passées à composer avec la guitare. En témoigne la très belle buleria « Señorita luz» qui donne son titre exquis à l'album du groupe. Le concert s'est déroulé en alternant des notes festives avec des instants plus sereins. Le flamenco a dominé la scène dans les apartés mettant plus en avant certains éléments du groupe telles que la danseuse Mercedes Pantoja et la chanteuse Rocio Fernandez Parilla. Les deux figures féminines du collectif ont également formé un duo complice aux palmas en enveloppant de leur salero jerezano et leur jaleo énergique l'ensemble du groupe. La présence du chanteur-guitariste José Galvez est apparue presqu'en retrait. Le concert s'est achevé sur une note explosive avec l'arrivée des artistes cubains invités pour l'occasion, le chanteur Raul Henriquez « El Compadre » et le percussionniste Nino « Danger ».

Le répertoire flamenco était essentiellement composé de bulerias, tangos, d'un martinete, d'un fandango, d'une alegria et de rumbas. Le passage de celui-ci aux compositions à forte consonance latin-jazz a bien fonctionné, et les genres se sont mêlés allégrement dans un équilibre entre le compas du flamenco et le son cubain, entre la plainte de l'un et l'exubérance de l'autre. Le violon de Julien Lebon apporte une touche orientale qui s'intègre avec délice à l'ensemble. L'aspect le plus intéressant reste les compositions propres du groupe. Malheureusement, le travail sur la scénographie a souffert du manque de temps, Stéphane Péron s'excusant d'avoir privilégié les répétitions entre les différentes parties du groupe qui se retrouvaient, au détriment de la mise en scène. Avec le thème de cette nuit blanche à la fois douloureuse et féconde, la scénographie gagnerait à être davantage explorée.

Le collectif Noche Blanca a donné un concert énergique, chaud, et nous a donné envie de voir se poursuivre cet ambitieux projet de fusion. Le public rennais y a pour sa part chaleureusement adhéré.

Lien : http://www.myspace.com/nbmusica, en attendant le site internet prochainement en ligne

Discographie :
  • Señorita luz, Noche Blanca, 2006
  • José Galvez – Jerez Joven por buleria, Musivoz-Mercurio, 1997
  • Bohemio de amor, Mercurio, 1997

Crédits Photos : Cyrille Kervisic


Nathalie Garcia Ramos, le 29/05/2010

Equipe artistique

Guitare: José Galvez, Stéphane Péron
Cante: José Galvez, Rocio Fernandez « Parilla »
Baile: Mercedes Pantoja
Cajon: Carlos Ortega
Congas: Don Tamayo
Violon: Julien Lebon
Flûte, saxo: Cristian Zarate
Contrebasse: Sébastien Carniaux
Artistes invités: Raul Henriquez « El Compadre » (cante) et Nino « Danger » (percussions)


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