Maria del Mar Moreno présente « De cal viva »

Un hommage émouvant et flamenco à la force des femmes qui ont marqué et inspiré sa vie.

La bailaora et chorégraphe présente au XVIIème Festival de Jerez sa sixième création personnelle et compte avec une distribution à la tête de laquelle on trouve Antonio Malena et La Macanita. Sous la direction théâtrale de Ramon Pareja, qu'elle retrouve après 10 ans avec « Septiembre », elle va à la rencontre des femmes de sa famille, de la terre, artistes ou mythes littéraires, qui ont accompagné, influencé et inspiré son univers créatif et sa personnalité de femme et d'artiste.

« Je viens de ces femmes qui labouraient la terre comme des animaux, souffrant pénuries et douleurs sans plainte, sans reproche, le sourire aux lèvres, supportant le poids de leur histoire et de l'homme, soumises, combattantes, silencieuses, rebelles...J'ai grandi en écoutant ces femmes, sang et terre partagés, qui m'offraient leur force et leurs espérances, leurs chants, en train de blanchir les murs de chaux, femmes à l'odeur de lavande et chaux vive. Et je m'endormais bercée par le chant déchirant de la Piriñica, j'ai joué à faire l'artiste en admirant la Lola (*Flores), et je suis tombée amoureuse de la liberté en rêvant d'être Carmen, sauvage, sans peur face à l'amour et la mort ».

C'est la synthèse que fait Maria del Mar Moreno de « De cal viva » (*De chaux vive ), la sixième création avec sa compagnie, qu'elle présentera le 2 mars prochain 2013 au sein du XVIIème Festival de Jerez. Dix ans après sa création « Septiembre » (2003), la bailaora et chorégraphe jerezane renouvelle sa collaboration avec Ramon Pareja à la scénographie, dramaturgie et mise en scène pour un montage qui sert d'hommage à toutes ces femmes qu'elle a à l'intérieur et qui l'ont marquée et inspirée dans sa forme de sentir, dans son désir et sa passion pour la vie et la liberté. Un reflet d'un univers féminin intime et particulier de Maria del Mar Moreno qui puise dans sa propre expérience familiale, de ces femmes de la terre de la seconde moitié du siècle dernier, et voyage jusqu'aux mythes réels ou littéraires, comme Tia Anica la Piriñaca, Lola Flores et la Carmen de Mérimée, auxquels elles se sent très attachée.

Avec le cante tellurique et profond d'Antonio Malena, également chargé de la direction artistique du spectacle, et comptant sur une surprenante Tomasa Guerrero La Macanita en artiste invitée, Maria del Mar Moreno danse dans « De cal viva » à la force des femmes ». Elle s'inspire, commente cette impulsion féminine qui « dévore la vie, qui donne des forces depuis les tripes de la terre et qui transforme la douleur pour chanter et danser face à l'adversité ». « Quand je sens que je n'en peux plus, quand je suis fatiguée de me battre avec les espérances perdues, de rêver, quand je ne comprends plus rien et que le corps et l'âme me font mal, il y a une force intérieure, instinctive, comme inconsciente ou héritée, qui me parcourt le sang, qui me brûle les entrailles et me pousse à me relever et à poursuivre...à poursuivre avec davantage de force, si c'est possible. C'est cela la chaux vive » ajoute la bailaora à propos de son nouveau travail, dans lequel émerge un versant nettement théâtral qui se combine avec l'esprit d'émotion et d'essence géniale de l'arte jondo de cette compagnie flamenca qui fête ses 12 années d'existence en 2013.

Après l'exercice des contrastes vitaux que représentait « Maria Maria » (2007) et son hommage sensible à la profondeur de la voix flamenca dans « Quiero tu cante » (*J'aime ton cante) (2010), Maria del Mar Moreno s'embarque dans un projet probablement des plus personnels au sein de sa vaste carrière artistique. Une revendication de bailaora, et surtout de femme qui lutte pour la liberté artistique et individuelle, celle de maintenant et celle d'avant, pleine de préjugés et de conventions préétablies. Le nerf et la griffe de Maria del Mar Moreno se révèlent dans un montage qui compte avec la musique du guitariste Santiago Moreno et la pianiste Johanna Raymont, un ensemble qui se nourrit également du cante de Antonio Peña El Tolo et José de los Camarones, et du toque de Antonio Malena fils ; les palmas de Alex de Gitaneria et Luis de Periquin. Elle compte aussi avec la collaboration spéciale des acteurs Maria Duarte, Javier Padilla et Nicolas Montoya, ainsi que Marcos Serna à la création lumière et Antonio Gonzales à la régie.

María del Mar Moreno, qui a participé avec sa compagnie à de nombreux festivals nationaux et internationaux et a porté ses créations dans des lieux comme le Philarmonique de Kuala Lumpur, l'Opéra d'Amsterdam, le théâtre Manzoni de Milan, l'Opéra d'Alexandrie et le Théâtre Femina de Bordeaux, entres autres nombreux lieux prestigieux, présentera « De Cal Viva » au prochain festival de Jerez. Son désir viscéral et profond « d'honorer la mémoire de ces femmes qui ont marqué ma vie, qui m'ont insufflé la force d'être ce que je suis et de faire ce que je fais aujourd'hui, ma grand-mère ou la Tia Anica, Lola, et toutes ces Carmen qui existèrent dans ma famille, auxquelles il importait peu de mourir en s'affrontant à l'homme et à la société de leur temps, pour être libres. ».

Tarantos, seguirya, farruca, martinetes, solea, bulerias, La Habanera de Bizet...font partie des styles jondos et de la création musicale qui forment l'album de la mémoire émotionnelle et flamenca que représente « De Cal Viva », où confluent, à partir de la dramaturgie de Ramon Pareja, les désirs, les mythes, la souffrance, la vie et la mort.


Cie M.M Moreno, traduit de l'espagnol par Nathalie Garcia Ramos, le 04/12/2012


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